A Paris...

01 août 2009

Paris sera toujours Paris...

Les dictons ont du bon.

Onze mois hors de Paname, loin de la pollution qui gratte le nez, chatouille le cuir chevelu et me fout la catarrhe allergique, loin de l'humeur enjouée des civils après une journée de batifolage, loin des serviles employés de l'Etat et des arcanes de son Administration, loin du métro bondé de 19 heures, et de ses flons-flons accordéoniques qui brisent la belle harmonie des variations de mon nouvel I-Pod rouge érable…

Mais aussi loin des ponts, araignées de pierre ou de fer tissant sur Seine, loin de Notre-Dame, de mes coupoles favorites, celle de la Sorbonne bien sûr, mais aussi celle de l'Institut sacré, du Panthéon, de Saint-Gus, celle de mon Parnasse… loin des petits bistros bien parigots où l'on prenait des verres entre amigos, loin des crêpes qui goûtent pas le pancake (Dieu qu'elles me manquaient celles-là !!), loin des théâtres et des cinés de quartier, qu'il faut absolument sauver alors qu'on sait bien, nous, qu'ils ne disparaîtront jamais, parce que c'est tout simplement pas possible pas concevable, loin des musées que j'ai pas encore visités, loin de mon indispensable Marché au Livre ancien et d'occasion sans lequel la vie est insipide, loin de Montsouris, lieu de pique-niques orgiaques mais non polluants pour l'environnement, et de son soleil caressant de fin d'après-midi estivale, loin des cafés chics qu'on fréquentait en nouvelles bourgeoises, t'en souvient-il ?, des restos branch' où je mets jamais les pieds, des provinciales des Champs-Elysées (ça, c'est sans regret), des petites Parisiennes bien sapées que je jalouse (les salopes), des Parisiens blasés et indifférents à tout, surtout à moi - ach !

Et surtout, surtout, loin de vous les amis, les fidèles de Koudonc, cela va de soi, sans oublier tous les autres, ceux qui sont restés proches malgré la distance, qui m'ont aidé par leurs mots ou leur voix à passer la graaande épreuve d'un frileux exil, en donnant de leurs nouvelles comme si de rien n'était; ceux aussi qui se sont éloignés parce que c'est la vie, que les obligations par définition vous obligent à penser à autre chose, ou que les soucis sont trop pesants pour une seule poitrine.

C'est vrai après tout, pendant que j'étais à m'éclater l'érablier dans ma cabane au Canada, vous cherchiez un prénom acceptable pour vos enfants, vous changiez de job, vous étiez promu Chevaliers de la Légion d'Honneur, comme Chantal Goya et Laëtitia Casta, vous dessiniez le plan de votre future maison, vous prévoyiez des voyages, des spectacles, y avait pas le temps de compter les mouches !!! La vie continuait son cours, pas de quoi génocider les écureuils du Mont-Royal, même s'ils vous bouffent votre sandwitch aux fèves. Et c'est ça qui est beau à savoir. Quand on n'est pas là, tout va bien. Ni mieux ni pire, juste bien. Et moi aussi je vais bien, quand je ne suis pas là. Bref, l'équilibre règne, le cosmos est au diapason, les galaxies tournent et l'espace éternellement s'étend. 

Ca ne m'a pas empêché de beaucoup songer à ma vie d'avant, avec même, souvent, une pointe de mélancolie. Combien de fois ai-je rêvé que je traversais le fleuve du souvenir, en wagon, au point précis où un Don Quichotte danois, si je ne m'abuse, s'élance, sur son fougueux destrier, vers l'imprenable Tour ? Le paysage se révèle sur les deux rives à mesure que le train se tortille en geignant : d'abord les immeubles de Passy, puis le Quai de Seine, la majestueuse reine de Paris, et, de l'autre côté du pont et des méandres miroitantes, quand on détourne le regard, au loin, le crayeux Sacré-Coeur juché sur sa montagne… Combien de fois je me voyais dans mon quartier Latin déambuler le Boul'Mich'jusqu'aux Ecoles, remonter vers l'Odéon en comptant les Japonais, tourner autour de la fontaine Medicis, cherchant un plan imparable pour couper la circulation sans me mettre en danger de mort, flâner au Luxembourg, parmi les poètes et les sculptures abstraites…

Aujourd'hui, j'y suis, j'y circule, dans ce Paris rêvé et appelé de tous mes voeux, un peu comme une nouvelle molécule dans un biotope étrangement familier. Je retrouve mes sensations, mes pensées… Et rien ne semble avoir changé. Rien ? Non. Un petit coin de moi résiste encore et toujours à l'envahissement de la nostalgie. Je suis juste encore dans la redécouverte de Paname, plus tard viendra la redécouverte du moi.

En attendant, et peut-être pour faciliter la tâche - c'est devenu une mauvaise habitude - hop je crée un blog !! Pas de panique, je ne vais pas vous assommer avec mes déboires administratifs ou mes angoisses quotidiennes face à l'avenir (enfin je peux, si vous voulez), je propose de changer un peu d'optique pour ce nouveau monde dans la nébuleuse Web. Il s'agit de commenter, à chaque page, un quartier, un lieu, un monument, un personnage de Paris, à travers des textes littéraires, et d'écrire les évocations que cela suscite en moi. On pourrait dire qu'après avoir décrit Montréal selon mon optique aux Parisiens, je vais révéler mon Paris aux Montréalais, sans qu'ils bougent de leurs pénates (c'est super sympa de ma part, ça leur fait économiser le billet A/R) !! Oui et non en fait. Bien sûr la gang de Montril vous êtes les bienvenus au premier chef, pour laisser vos impressions. Mais j'envisage ce blog plutôt comme une variation crypto-littéraire autour de ma ville, à laquelle tous mes French friends peuvent participer ! Ouiiii, vous aussi, viendez construire ce truc en papier et électron zavec moi, en racontant ce qu'est pour vous Paris ! Apparemment, on peut plus s'amuser sur unblog, en laissant des images, dessins, photos, et en les configurant à sa guise, alors n'hésitez plus !!

Bientôt je vais moi-même explorer ces possibilités, et j'espère pouvoir enrichir ce blog de multiples points et contre-points sur la City…

So, let's have fun !

Posté par Tatianouchette à 11:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]